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La consultation des archives anciennes n’a pas fini de nous livrer bien des aspects du passé local. Des découvertes inopinées peuvent avoir lieu à l’occasion de recherches historiques ou généalogiques menées par des chercheurs…
L’un de ceux-ci, Monsieur Louis Hincker, maître de conférence à l’université de Valenciennes, s’adressait à monsieur le Maire de Brie, pour obtenir des renseignements. Son travail nous fit découvrir une suite fructueuse de faits concernant le passé de la ville.
Notre commune se trouve être le lieu d’où est issue la famille d’un écrivain célèbre dont la vie, tant sur le plan littéraire que scientifique, couvre tout le 20ème siècle… Il s’agit de Michel Leiris (1901-1990). Né à Paris, Michel Leiris fut, tour à tour, poète, ethnographe, critique d’art et essayiste. Mais c’est surtout son œuvre autobiographique qui s’impose comme la partie la plus importante de son activité d’homme de lettres. Tout au long de sa vie, Leiris mêla son nom à certains courants de pensée qui marquèrent d’une empreinte indélébile l’histoire de la littérature et des arts du 20ème siècle. il approcha le mouvement surréaliste, côtoyant André Masson, Joan Miro, Alberto Giacometti, Pablo Picasso.
L’année 1929 vit sa vie prendre une direction bien différente… Il se prépara à participer à l’une des plus grandes expéditions françaises d’ethnographie : la mission Dakar-Djibouti (mai 1931 - février 1933), au cours de laquelle il assuma la fonction de « secrétaire-archiviste ». À la suite de cette expédition, il exerça son métier jusqu’en 1971 au sein de l’équipe du Musée de l’Homme. Manifestant au sujet de la politique coloniale menée par la France après la seconde guerre mondiale, des opinions extrêmes, il fut l’un des signataires, aux côtés de Jean-Paul Sartre de la « Déclaration sur le Droit à l’Insoumission à la guerre d’Algérie » dite « Manifeste des 121 » en septembre 1960. Il fut nommé en 1968 directeur de recherches au CNRS. il prit sa retraite en 1971. Ayant planté rapidement le destin de cet homme remarquable, il nous faut évoquer les liens familiaux qui le rattachent à Brie-Comte-Robert. Dans une notice qu’il donnait dans la préface d’une de ses œuvres, « Jadis », il relatait un récit écrit par son grand-père, Jacques-Eugène Leiris (1820-1893), né à Brie-Comte-Robert. L’acte de naissance de ce dernier indique qu’il était le fils de Jean-Marie Leiris, propriétaire et d’Ursule Angée. Notons que celle-ci était la fille de François Angée, maçon fort réputé, propriétaire de plusieurs immeubles qu’il louait. Dans un de ces immeubles, situé rue des Halles, se déroula en 1816 un crime atroce dont le souvenir s’est perpétué.Angée était connu comme tailleur de pierres tombales. Son travail est encore présent dans la partie la plus ancienne du cimetière. Malheureusement taillées dans un calcaire de Brie, matière trop fragile qui, depuis plus d’un siècle, ne fut pas épargnée par les gels violents de nombreux hivers, ces pierres n’ont guère résisté à ces intempéries…
Jean-Marie Leiris naquit à Paris en 1789. Il se maria à Brie en 1811 et il y décèda en 1868. En 1827, il avait acquis une maison, parvis Saint-Étienne, immeuble construit en 1791, sur l’emplacement des anciennes murailles de la ville. Il y exerça la profession de limonadier et de marchand de vin. Cet immeuble comportait, sur son arrière, un local, appelé « Salle des Bosquets » dans lequel se déroulaient des bals publics. Notable de la ville, il fut élu conseiller municipal dès 1831 et son nom parait sur des états de 1846 et 1848. Il était considéré comme un citoyen aux opinions avancées. Il avait hérité d’une propriété, ancien établissement religieux, les Minimes, acquis comme bien national. Des plans provenant des archives départementales nous montrent de nombreux détails concernant cette propriété.
Jean Leiris, père de Jean-Marie, était né à Soisy, lieu non précisé, en 1754. Il se maria à Paris en 1789 avec Marie-Victoire Graverry (1759-1844). Il décéda à Brie en 1823. Jean Leiris acquit l’ensemble des biens de la communauté religieuse en 1795. Exerçant la profession de menuisier, il transforma la chapelle en maison d’habitation, comportant deux logements. Après le décès de son époux, la veuve procéda au partage, en 1828 de l’ensemble de la propriété. Trois lots furent déterminés. Deux d’entre eux comportaient l’ancienne chapelle : les deux maisons d’habitation devenues demeures distinctes se trouvaient fortement imbriquées l’une dans l’autre. Des murs de clôture, encore visibles de nos jours, marquent les limites des trois lots. Le plan le plus ancien nous révèle l’existence de constructions maintenant détruites. Leurs fondations existent encore, enfouies sous le parking récent, établi à l’emplacement de la salle polyvalente détruite par un incendie.
Une tombe familiale abrite, dans la partie ancienne du cimetière, les restes des membres de la famille Leiris, décédés à Brie. Malheureusement le très mauvais état de cette tombe, qui ne fut jamais entretenue, justifierait sa disparition prochaine. Au cimetière du Père-Lachaise à Paris, on peut retrouver la tombe du grand-père de Michel Leiris, mort en 1893. Exerçant la profession d’employé, terme bien vague, il fit preuve de convictions politiques très engagées : ayant participé aux violentes manifestations qui avaient marqué d’une façon sanglante, en juin 1848, les débuts de la seconde république, il fut compris dans les sévères proscriptions qui suivirent ces évènements. Il fut déporté à Belle-Ile, détenu dans la forteresse du Palais, puis transféré en Algérie. Gracié en 1853, il revint à Paris.
Une masse considérable de documents épars et qui n’est point exhaustive est assemblée dans un dossier déposé dans le fonds ancien de la Médiathèque. Il permettra, dans l’avenir, aux chercheurs futurs, d’approfondir ces données anciennes d’un aspect du passé de notre ville.
Jean Rousseau