En cette année 2004 commencent les célébrations du bicentenaire de l’empire napoléonien. Cette période marque profondément la nation française par ses institutions qui, pour la plupart, régissent encore notre vie quotidienne.
Comment, en ces années de guerre et de campagnes militaires qui s’avérèrent coûteuses en vies humaines, la population de nos bourgs et de nos villages, perçut-elle cette période ?
Nous évoquerons ici les événements de 1814 qui se déroulèrent à Brie-Comte-Robert au cours de l’ultime campagne qui précéda la fin du régime impérial.
Citons les toutes premières pages de l’ouvrage « Estafette de l’Empereur » : l’auteur Jean Rousseau s’est efforcé de reconstituer l’ambiance qui régnait sur la grande route impériale, celle de Paris à Belfort, devenue par la suite la Route Nationale n° 19 et depuis peu, la RD 319.
« En cette journée du 15 février 1814, une grande animation règne dans la petite ville de Brie-sur-Yerres. Elle n’avait point encore retrouvé officiellement le nom plein d’histoire qu’elle portait avant la Révolution, Brie-Comte-Robert, mais tout le monde ne la désignait que sous cet ancien vocable… Seuls les papiers officiels à l’en-tête de la mairie ou bien le cachet que François Dubus, le directeur de la poste, apposait sur les lettres, portaient l’appellation révolutionnaire. Quelle activité intense se manifeste sur cette place des Bergeries, entre le bureau de la poste aux lettres et le relais de la poste aux chevaux !
Sur la grande route, des soldats au regard fatigué, des voitures de l’armée aux moyeux grinçants, des cavaliers aux montures inégales, pressés par les braillements de leurs sous-officiers, traversent rapidement les faubourgs de la ville.
Des estafettes au visage tendu, conscientes de l’importance de leur mission, cherchent à se frayer un chemin dans la direction de Paris ou à l’opposé, dans celles de Guignes ou de Provins. Ils ne peuvent aller au galop : des troupeaux de vaches et de moutons encombrent la chaussée malgré leurs appels. On mène le bétail par la rue des Fossés vers la barrière du Maine et le boulevard qui longe l’antique muraille de la ville, jusqu’au parc de Monsieur de Balbi. Là se tient le camp de Brie, le parc d’artillerie. Des renforts arrivent sans cesse pour l’armée : des canons, des caissons de munitions, des fusils… »
« La guerre est maintenant bien présente à Brie !
Des ordres fusent… Les gens parlent avec animation…
« … Les ennemis approchent ! »
- On se bat au loin, vers Provins, vers Bray !
- Les cosaques ?
- Des troupes nombreuses venues de l’Europe entière après nos revers de l’an passé en Saxe…
- Et l’Empereur ?
- Il combat en Champagne !
- On dit qu’il se rapproche de Paris…
- Certains croient l’avoir vu à Château-Thierry… Il se rendait à Meaux.
- Il rejoint Paris alors… Là-bas il va retrouver son épouse.
- … Joséphine ?
- … Non Marie-Louise, l’Autrichienne, celle qu’il a mariée il y a quatre ans pour qu’elle lui fasse un héritier.
- Ah, oui, le p’tit roi de Rome !
- Et puis, à Paris, il y a son frère Joseph.
- Oh, ben, c’lui-là, depuis qu’il a été roi en Espagne, ça lui a monté à la tête ! Il vient de donner des ordres. C’est la raison pour laquelle on voit tant de mouvements.
- Ben, quels ordres ?
- Le parc d’artillerie… oui, tout le camp qui se trouve ici à Brie
… et bien des ordres ont été reçus de Paris : les canons doivent retourner par Charenton à Vincennes…
- Pour défendre la capitale ? »
« Pendant toutes ces premières semaines de l’année, les événements s’étaient précipités : le 25 janvier, l’Empereur avait quitté Paris. Le 27, il se trouvait à Saint-Dizier. Mais il avait fallu, devant l’avance des forces ennemies, se replier, battre en retraite… Le 29 janvier, on combattait à Brienne, … Brienne si chère à la jeunesse de Napoléon… contrée pleine de souvenirs…
En cette mi-février, la pluie tombait, … froide. Le vent lui faisait cingler les visages.
Les chemins étaient devenus des fondrières.
Les bribes de ces événements qui se passent au loin, à l’est, en Champagne, les habitants de Brie, sur la grande route, les entendent contés par des cavaliers arrêtés aux auberges, à la Grâce de Dieu, chez Orsat, au Lion d’Or, dans la rue du petit Bicêtre, au bureau de la poste aux lettres où l’on tient table d’hôte, à l’Espérance chez Picard… Plus loin à l’Ecu ou au Petit Louvre…
On fait reposer les montures :
« Où les faire abreuver ? »
- « Là, par la rue du Gué, à quelques toises ! Vous trouverez l’abreuvoir ! »
À la forge du maréchal, face au relais de la poste aux chevaux, on peut remplacer un fer manquant.
« Un charron ? »
Là, après la place des Bergeries, sur le chemin de Cossigny !… »